jeudi 1 juillet 2010

Voisinage

J'avais écrit un billet, un peu après mon déménagement, sur nos nouvelles voisines. Je ne leur avais encore jamais parlé et les avais à peine entrecroisées, et j'étais déjà convaincue de connaître en détail le moindre trait de personnalité de chacune, juste au premier coup d'oeil.

Quand on achète un condo, la seule chose que l'on ne choisit pas, après avoir décidé du motif de la céramique, de l'orientation de l'ilôt de la cuisine et de l'essence de bois du plancher, ce sont les copropriétaires. Et ça adonne mal, parce qu'entre eux et un plancher de bois franc, ce sont les premiers qui sont les plus susceptibles de donner du fil à retordre!

Nous, on a vraiment été chanceux. Malgré mon vieux billet où je traitais tout le monde de grincheux et de vieilles filles. Même si dans le cas de la matante d'à côté, les mois écoulés ne m'ont que donné raison. Mais au moins, elle, elle habite dans l'immeuble voisin.

Je passais la tondeuse sur notre tout nouveau gazon ce matin. Il était peut-être un peu tôt et c'était peut-être un peu juste en-dessous de la fenêtre de chambre entrouverte de ma voisine, aussi. Bref, ladite voisine a fini par se lever et sortir dehors... pour me proposer de m'aider à finir la job! J'apprends quelques minutes plus tard qu'elle avait une amie en visite chez elle, qui finit par se joindre à nous. Et pendant que ma voisine passe le rateau dans ma cour alors que je la regarde faire, on discute les trois ensemble, et on potine contre la voisine matante vieille fille qui chiâle tout le temps avec ses plantes et son chat. Et on zyeute le voisin tout musclé et bronzé qui vient de sortir prendre un café sur son balcon en boxers. Et une fois la job finie, je me fais inviter à manger des crêpes chez ma voisine. La belle vie, quoi.

On s'est déjà fait dire qu'on avait l'air de la gang de Friends, les 5 voisins ensemble. On pourrait installer un studio de télévision dans nos condos et en faire une nouvelle télé-série. Avis aux Fabienne Larouche de ce monde, il y a sûrement du potentiel là-dedans et de l'argent à faire avec ça. L'idée est lancée; j'attends les propositions!

1 commentaires:

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

LES VIEILLES FILLES

J'aime les vieilles filles. Et lorsqu'elles sont laides, c'est encore mieux.

Les vieilles filles laides, acariâtre, bigotes ont les charmes baroques et amers des bières irlandaises. Ces amantes sauvages sont des crabes difficiles à consommer : il faut savoir se frayer un chemin âpre et divin entre leurs pinces osseuses. Quand les vieilles filles sourient, elles grimacent. Quand elles prient, elles blasphèment. Quand elles aiment, elles maudissent. Leurs plaisirs sont une soupe vengeresse qui les maintient en vie. Elles raffolent de leur potage de fiel et d'épines. Tantôt glacé, tantôt brûlant, elles avalent d'un trait leur bol de passions fermentées. Les vieilles filles sont perverses. C'est leur jardin secret à elles, bien que nul n'ignore leurs vices.

Les vieilles filles sont des amantes recherchées : les esthètes savent apprécier ces sorcières d'alcôve. Comme des champignons vénéneux, elles anesthésient les coeurs, enchantent les pensées, remuent les âmes, troublent les sangs. Leur poison est un régal pour le sybarite.

L'hypocrisie, c'est leur vertu. La médisance leur tient lieu de bénédiction. La méchanceté est leur coquetterie. Le mensonge, c'est leur parole donnée. Elles ne rateraient pour rien au monde une messe, leur cher curé étant leur pire ennemi. Le Diable n'est jamais loin d'elles, qui prend les traits de leur jolie voisine de palier, du simple passant ou de l'authentique Vertu (celle qui les effraie tant). Elles épient le monde derrière leurs petits carreaux impeccablement lustrés. Elles adorent les enfants, se délectant à l'idée d'étouffer leurs rires. Mais surtout, elles ne résistent pas à leur péché mignon : faire la conversation avec les belles femmes. Vengeance subtile que de s'afficher en flatteuses compagnies tout en se sachant fielleuses, sèches, austères... C'est qu'elles portent le chignon comme une couronne : là éclate leur orgueil de frustrées.

Oui, j'aime les vieilles filles laides et méchantes. A l'opposé des belles femmes heureuses et épanouies, les vieilles filles laides et méchantes portent en elles des rêves désespérés, et leurs cauchemars ressemblent à des cris de chouette dans la nuit. Trésors dérisoires et magnifiques, à la mesure de leur infinie détresse. Contrairement aux femmes belles et heureuses, elles ont bien plus de raisons de m'aimer et de me haïr, de m'adorer et de me maudire, de lire et de relire ces mots en forme d'hommage, inlassablement, désespérément, infiniment.

Raphaël Zacharie de IZARRA